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  • 4ème de couverture:

« M. de Guise ne se mêlait point dans la conversation, et sentant réveiller dans son coeur si vivement tout ce que Mme de Montpellier y avait autrefois fait naitre, il pensait en lui-même qu’il pourrait demeurer aussi bien pris dans les liens de cette belle princesse que le saumon l’était dans les filets du pêcheur. »

  • Mon avis:

11ème livre de ma liste de 30.

Dans ces nouvelles qui ont été rédigées en 1662 anonymement  par Madame de la Lafayette, les liens amoureux se font et se défont aux guises des alliances, des intrigues et des luttes de pouvoir. J’ai aimé ces nouvelles qui m’ont fait renoué avec le classique et avec l’histoire dans l’Histoire.

L’écriture de Madame de Lafayette, bien que vieille de 4 siècles, est sans artifice. Elle décrit avec une telle finesse les relations entre les différents acteurs que l’on comprend aisément la confusion des sens et sentiments. Comme si ces différentes histoires étaient de notre époque finalement. Elle expose, par ailleurs, et de façon claire l’enchaînement des évènements historiques, sans longueur, et ces nouvelles qui ont pour contexte historique les guerres de religion, le mariage contesté d’Henri de Navarre (protestant) avec Marguerite de Valois (catholique) qui conduira au très sanglant massacre de la saint Barthélémy (dans lequel meurt le comte de Chabannes) en 1572, nous semblent plus simples encore que sorties de nos livres d’histoire.

Et s’il y avait une morale à exprimer pour conclure ces histoires romanesques,  elle pourrait clamer haut et fort qu’aimer fait souffrir, que la passion détruit les âmes les plus pures et que l’amour mène parfois à la mort. Car mieux vaut ne pas aimer du tout que de finir le cœur sec et lourd de se voir abandonner pour un(e) autre.

La première nouvelle: la princesse de Montpensier pourrait se résumer à l’interrogation suivante : Est-il vrai que les histoires d’amour finissent mal ?
Les atermoiements de Mlle de Mézières qui devient par mariage la princesse de Montpensier est une histoire commune à cette période troublée par les guerres de religion. On se marie davantage pour forger des alliances que par amour. La princesse l’apprend à ses dépens lorsqu’elle doit épouser le prince de Montpensier, grand ami et allié du roi Charles IX, alors qu’elle aime depuis ses treize ans et est aimée en retour passionnément par le duc de Guise.

Les aléas de la guerre font de cette passion un feu de paille car après son mariage, la princesse de Montpensier est éloignée de la cour pour être mise à l’abri de la seconde guerre de religion au château de Champigny où elle a pour unique ami son précepteur, le comte de Chabannes. Comme tous ceux qui croisent le regard de la princesse, celui-ci tombe éperdument amoureux de la dame et alors qu’il se déclare enfin, la Princesse de Montpensier ne lui assure en retour que de son indéfectible amitié.
Menant la guerre tambour battant, et pendant que le Prince de Montpensier parcourt le front avec le roi, le duc de guise mène bataille aux côtés du duc d’Anjou (frère du roi et futur Henri III). Par le fruit d’un pur hasard, les Ducs de Guise et d’Anjou croisent Mme de Montpensier qui fait de la barque. La beauté de la jeune femme est très vite remarquée. Si le Duc d’Anjou tombe très vite amoureux, à ses côtés, le duc de Guise se surprend de la renaissance de sentiments qu’il pensait oubliés.

Les alternances de paix permettent à Mme de Montpensier de revenir à Paris et de se rapprocher de la cour où elle côtoie très régulièrement le duc de Guise. Bien que totalement opposée, dans un premier temps, aux élans amoureux du duc de Guise, la princesse  de Montpensier finit par y répondre, attisant au fil des situations, la jalousie de son mari, la rivalité entre le Duc d’Anjou et le Duc de Guise et le grand désarroi du comte de Chabannes, l’amoureux transi rejeté. N’est-il pas terrible d’aimer sans être aimé en retour ?

Quelques quiproquos plus tard et las des tergiversations de la princesse, le Duc d’Anjou épouse Madame de Noirmoutier.  La Princesse de Montpensier ainsi délaissée par son amant meurt de chagrin de voir son amour ainsi contrarié.

La deuxième nouvelle: la Comtesse de Tende narre la tromperie de la comtesse qui répond aux avances du Prince de Navarre, promis de sa meilleure amie la princesse de NeufChatel . Enceinte de son amant et ne souhaitant pas davantage jeter l’opprobre sur son mari, elle ira jusqu’à demander à celui-ci de prendre sa vie, refusant de se donner la mort (interdit par l’Eglise sous couvert d’aller droit en enfer!). D’autant qu’elle aura appris la mort de son amant parti à la guerre. La Comtesse de Tende meurt en couches et son mari trompé ne souhaitera plus avoir affaire à une femme tant le comportement de sa défunte épouse lui aura définitivement ôté l’envie de tomber de nouveau amoureux.

La troisième nouvelle: Histoire d’Alphonse et de Bélasire met en avant la trop grande jalousie d’Alphonse qui obtient l’amour exclusif de Bélasire. Alors que celle-ci finit par l’aimer follement, Alphonse se met dans l’esprit que Bélasire ne peut ne pas avoir aimé que lui. Il l’interroge encore et encore sur sa raison d’avoir refusé les avances de tous ses précédents prétendants, mettant de plus en plus en doute la franchise et la sincérité de cette femme si belle qui lui témoigne un amour si authentique. Et c’est cette interrogation continuelle qui va le faire lentement sombrer dans la folie en allant jusqu’à imaginer que sa promise qui s’inquiète de son état s’est entiché de son meilleur ami, don Manrique, et que celui-ci en serait épris. Loin de le rassurer en lui affirmant son amour, Belasire renforce l’idée d’Alphonse dans le fait qu’il est trompé. Malgré ses excuses, son aimée se lasse et finit par désespérer de l’état d’Alphonse. Jusqu’au geste ultime, Bélasire continue de l’aimer follement mais se rend compte avec fatalité qu’Alphonse ne pourra jamais se séparer de sa jalousie maladive. Elle décide alors de se retirer au couvent, tandis qu’Alphonse, de retour à la raison, se rend compte qu’il a perdu son meilleur ami et l’amour d’une femme exceptionnelle.

  • Une citation:

 » L’on cède aisément à ce qui plait.  »

Histoire de la princesse de Montpensier et autres nouvelles
Madame de Lafayette
Editions Flio Junior
122 pages