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« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » est le troisième titre français  après « Quand meurt le rossignol » (1961) et « Alouette, je te plumerai » (1989) du roman américain paru en 1960 sous le titre original « To kill à mockingbird » écrit par Nell Harper Lee.

Dans les années 1960, ce livre apparait comme un classique international de la littérature antiségrégationniste dans lequel les thèmes du racisme et plus largement de la ségrégation raciale sont abordés aux travers des mots simples d’une narratrice de 8ans.

L’histoire prend forme avec les observations de Jean Louise aka Scout Finch, cette fillette de 8ans, qui nous plonge, sur trois années, dans l’Amérique sudiste ségrégationniste des années 1930. Elle vit dans la ville de Maycomb en Alabama avec son frère Jeremy aka Jem, plus âgé de quatre ans et leur père Atticus Finch, avocat à la ville. Atticus est altruiste et tolérant. C’est cette vision de la vie qu’il essaie d’inculquer à ses enfants. Tout le contraire de sa sœur Alexandra qui tient à ce que ses neveu et nièce assimilent rapidement les prestigieuses origines bourgeoises de la famille et qu’ils tiennent leur rang. L’éducation très libre et libérée prônée par Atticus pour ses enfants aura de quoi fournir quelques cheveux blancs de plus à sa sœur trop guindée par les traditions. De même, sans jamais faire référence à leur mère, les enfants sont élevés par Calpurnia une nounou noire et sont entourés de voisins tous âgés formant un noyau  personnages de second plan truculents pour certains.

Scout nous embarque dans sa vie de fille espiègle, effrontée, qui n’aime pas beaucoup l’école, adore lire sur les genoux de son père le soir et toujours prête à faire les 400 coups avec son frère Jem et leur copain Dill qu’ils ne voient que les étés lorsque celui-ci vient passer les vacances chez sa tante Rachel.

Leur cible favorite est Arthur « Boo » Radley, qui vit reclus dans la maison d’à côté et qu’ils tentent d’apercevoir par tous moyens. Tous les artifices et autres ruses sont bons pour tenter de le faire sortir de sa tanière car les enfants se savent surveiller.

Petit aparté: La narration de cette petite fille n’a pas manqué de me ramener dans mon enfance quand je dévorais les livres de la Bibliothèque Rose qui avait les enfants pour seuls protagonistes. Elle m’a aussi fait pensé à Tom Sawyer, ce prodige de l’école buissonnière avec son compagnon Huckleberry Finn. Mais Scout a aussi revêtu dans ma mémoire les traits de Sophie, fillette gaffeuse et toujours parée à faire les moindres bêtises, héroïne malgré elle dans « Les malheurs de Sophie », un must de la littérature pour enfants écrite par la Comtesse de Ségur. Fin de l’aparté.

Mais, en parallèle de cette bonhomie infantile et de la jovialité ambiante de Maycomb, le livre ouvre les portes sur une réalité moins joyeuse et prend une tournure plus sociale et politique lorsque les enfants délaissent leur voisin Boo pour s’intéresser à l’affaire judiciaire qui bouleverse l’apparente tranquillité de la ville. Deux ans ont passé. Scout et Jem ont grandi et ont commencé à avoir leurs activités, chacun de son côté. Pourtant, ils vont de nouveau se rapprocher quand Atticus devient l’objet d’attaques verbales et quasi physiques par quelques habitants de Maycomb et des villes alentours. Que lui reproche-t-on exactement ? Bien malgré lui, Atticus se retrouve sous les feux des projecteurs de la chronique judiciaire qui met en émoi tous les habitants de la ville. En effet, en tant qu’avocat de la ville, il est commis d’office pour défendre Tom Robinson, un Noir, accusé d’avoir violé une jeune fille blanche, Mayella Ewell.

Sur fond d’incompréhension de la situation (Scout), d’intolérance, de racisme primaire, de bêtise (les habitants de Maycomb), de tolérance et d’abnégation (Atticus), la « deuxième » partie du livre rend compte de la procédure judiciaire où l’on suit l’argumentation des uns et des autres. La jeune Scout tente difficilement de décoder les mots d’adultes qui expliquent une situation à laquelle elle n’entend rien. Et ce n’est pas Jem qui va l’éclairer car il est passé dans le monde des adultes et ne veut plus devoir tout expliquer à sa petite sœur. Malgré l’interdiction formelle de quitter la maison, Jem et Dill, aussitôt talonnés par Scout, vont se rendre au tribunal pour suivre les débats. Faute de places, car tout la ville y est déjà rassemblée, les enfants vont se retrouver dans les boxes réservés aux Noirs, en haut du tribunal mais surtout à l’abri du regard de leur père. Ils assistent ainsi aux débats, à la mise à mal de la partie adverse, Bob Ewell, le père de Mayella mis au ban de la société car ivrogne, voleur, menteur, et qui vit près de la décharge en dehors de la ville. Les enfants, comme toutes l’assemblée, assistent à la confusion des propos de la victime face au juge et à Atticus et à son extrême état de nervosité. Atticus, calme et stoïque, va alors démontrer point par point pour quelles raisons Tom Robinson n’a pas pu violer la jeune fille Ewell. L’argumentation circonstanciée face aux témoins est sans appel : Tom Robinson n’est pas un violeur. Il met aussi un point d’honneur à expliquer au jury exclusivement blanc du procès que tout le monde doit être égal devant la loi et qu’aucun homme ne doit se considérer supérieur à un autre. Mais le jury ne l’entendra pas de cette oreille… Tom Robinson est condamné. Dans la ville, peu de gens font cas de cette peine même si dans les faits, les habitants reconnaissent pour vrai la défense avancée par Atticus. Seulement, Bob Ewell est blanc. Tom Robinson est noir. Et seul cet élément factuel a pesé dans la balance sociale du jury.

Malgré le thème intemporel du racisme ordinaire, primaire surtout si l’on se réfère aux récentes émeutes raciales aux USA condamnant la motivation ouvertement raciste de policiers blancs ayant tiré et tué des Noirs (souvent désarmés) #walterscott #michaelbrown #ericgardner #christiantaylor #freddiegray #ferguson, j’ai envie de croire en la vision tolérante et humaniste d’Atticus. On constate cependant avec regret que la condition de la diaspora noire ne s’est pas beaucoup améliorée avec le temps (le livre date de 1960 !!!!. La perception de l’homme noir est toujours celle d’un être inférieur, sans éducation. Certes, il n’en est plus toujours ainsi de façon systématique mais force est de constater que l’actualité récente fait démentir cette dernière remarque.

Pour moi,(et je l’espère: pour beaucoup!), il n’y a qu’une seule race parmi les hommes et c’est la race humaine.

La soi-disante supériorité que prônent certains hommes ne sont que le reflet d’un manque d’ouverture d’esprit et d’une volonté surannée de ne regarder que leur propre nombril en attisant la peur de l’autre. Je ne vais pas parler de cerveaux étriqués car beaucoup de ces hommes sont intelligents mais cette belle matière grise grise ne vise qu’à déclamer des préceptes nauséabonds sous le simple prétexte de cette soi-disante supériorité, qu’elle soit raciale, intellectuelle, physique. Le rejet de l’autre est de plus en plus prégnant dans nos sociétés contemporaines devenues très individualistes. On ne pense pas à l’ensemble, au commun; on pense d’abord à soi, quitte à raisonner de façon très archaïque sur le fait que notre réalité est la seule possible et qu’elle doit par conséquent être celle applicable aux autres. En effet, hormis le racisme portant sur la couleur de la peau ou sur les origines, on assiste tous les jours à d’autres formes de racisme: contre les gros, les laids, les petits, les handicapés, les roux, les chauves… La liste peut être longue: tout est prétexte à rejeter celui qui n’est pas… normal. Mais qu’est-ce que la normalité sinon un concept totalement subjectif et réducteur ?

Bref, je vous conseille grandement la lecture de ce livre magnifique qui fait partie de ma liste de 30 : allez encore un effort !

PS: Pour ceux et celles qui ne partageraient pas mon avis, je suis prête à répondre à vos arguments mais je me refuse dès à présent de répondre à la provocation, aux propos injurieux ou autres. En tant que personnes civilisées, c’est le moindre mal que de se parler correctement et de façon polie. A bon entendeur ! Et si vous pensez que vous ne saurez pas vous y tenir, tracez votre route et bonne continuation.